L’invention de la mémoire

Sur Pour la suite du monde (1963) et Pierre Perrault « Car dans ma mémoire est gravée, et me navre à présent, la chère et bonne image paternelle de vous quand sur la terre vous m’enseigniez heure après heure comment l’homme se rend éternel ; quel gré je vous en sais, durant toute ma vie, il…

Le sol brûle

Sur Adalen 31 (1969) de Bo Widerberg Il y a quelque chose d’étrange dans le début d’Adalen 31, une certaine épaisseur de l’image que le spectateur ne peut s’empêcher de ressentir. Le souffle incontrôlé d’un garçon dans un saxophone, la mousse à raser du père qui s’étale sur sa joue, le rasoir qui vient s’y frotter…

Vide

Sur Ad Astra (2019) de James Gray La jungle était au centre de Lost City of Z (James Gray, 2016). Elle hantait le personnage principal, éternelle hantise, mirage qui finissait par l’engloutir. Le film finissait d’ailleurs sur celle-ci qui, reflétée dans un miroir, colonisait l’espace domestique du protagoniste en recouvrant sa porte d’entrée, symbolisant brillamment…

Réanimer les souvenirs : l’univers photographique de Natsu no Sora

Sur Mahôtsukai no Taisetsu na koto : Natsu no Sora (2008) d’Osamu Kobayashi À chaque ouverture de l’anime Paradise Kiss (2005) se produit un étrange phénomène. Une photographie, tout ce qu’il y a de plus banale, se voit être occupée, petit à petit, par des personnages bidimensionnels aux traits sales. Le parasitage se réitère au…

Le Piège

Sur Bonjour tristesse (1958) de Otto Preminger Heureusement, le cinéma n’est pas qu’affaire de scénario. Si cela avait été le cas, Bonjour tristesse aurait été un bien piètre film. Au lieu de ça, le mauvais scénario de Françoise Sagan donne naissance à un bon film. C’est d’ailleurs le secret, Preminger fait un film, et transforme…

Les aveux de la chair

Sur Odete (2005) de João Pedro Rodrigues Rui et Pedro sont amoureux. Ils se quittent au cœur de la nuit sur l’air de « Moon River ». Quelques minutes plus tard Pedro ne répond plus au téléphone, puis un grand fracas. Rui accoure, Pedro est étendu sur le capot de la voiture. Le jeune homme…

Derrière le masque

Sur Le Grondement de la montagne (1954) de Mikio Naruse Kikuko vit avec son mari et ses beaux parents non loin de Tokyo, dans une banlieue verdoyante entre les montagnes. Dans ce cadre d’apparence prospère, Naruse met en scène le délitement d’un foyer traditionnel japonais avec un art maîtrisé de la suggestion. La jeune femme,…

Le Cauchemar d’Eric

Sur The Eric Andre Show Il est 23 h 30, le late-night show de Jimmy Fallon débute. Un homme en costume, plutôt sympathique, apparaît sous une musique entraînante et très vite, s’empare du plateau avec son énergie. Il accueille dans son émission des célébrités avec lesquels il passe un moment des plus amical et intime. Chaque soir,…

À la rencontre du geste musical

L’acte de création artistique, bien que pratiqué par la majorité des individus, reste largement mystifié et fantasmé dans l’imaginaire collectif. On peut s’être essayé à la réalisation de quelques esquisses, à la rédaction de vers ou à l’écriture d’un quatuor pour cordes, même si l’une de ces disciplines a été approfondie au point d’être l’une…

Le Moteur de la meilleure femme

Réflexions sur RuPaul’s Drag Race « Campe-toi sur un pied. Mets la main au côté. Fais les yeux furibonds. Marche un peu en roi de théâtre. Voilà qui est bien. Suis-moi. J’ai des secrets pour déguiser ton visage et ta voix. »Molière, Les Fourberies de Scapin, acte I, scène V    Leigh Bowery (1961-1994) par…

Les milles yeux du Dr. Scully

Sur The X-Files saison 1 Au FBI on ne perd pas de temps, et dans The X-Files non plus. Dès le générique la série s’annonce comme une œuvre qui donne à voir. Tout comme la silhouette des premiers photogrammes de l’ouverture qui pointe une SOUCOUPE VOLANTE, la série nous montre du doigt ce que nous…

Édito – Invitation à la critique

La création d’une revue étonne, elle surprend car sous-entend que l’on peut dire plus, que l’on peut mieux dire, peut-être. Pour écrire il faut aimer bien sûr, l’exercice comme le sujet. Aimer puis en parler, faire connaître et bientôt naît entre le film et nous cet espace privilégié, une surface que nos mots parcourent pour…

La douceur dans l’abîme

Sur I Diari di Angela – Noi due Cineasti de Yervant Gianikian et Angela Ricci-Lucchi Angela Ricci-Lucchi est décédée le 28 février 2018. « Un film d’Angela Ricci-Lucchi et Yervant Gianikian » indique pourtant le premier carton de I Diari di Angela (2019), film réalisé par Yervant, seul, et dédié à Angela. C’est qu’en effet,…